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Le Gigolo des dieux de Luis Ernesto Valencia

mercredi 1er janvier 2025

Fils de paysans, n’ayant jamais fréquenté les bancs de l’école, Luis Ernesto Valencia, dont la vie sera courte, dix ans à peine au cours de ces « bouillonnantes années soixante » qui en Colombie comme ailleurs furent prodigues en intensités avant-gardistes, intégrera la confrérie des poètes « nadaïstes » lorsque l’un d’eux le trouva endormi devant sa porte et le recueillit. Un poète enfant, donc, surnommé « le gigolo des dieux » ou « le colibri » par « les prophètes nadaïstes de tous les horizons » débarqués à Cali à l’occasion d’un festival et qui l’écoutaient, haut comme trois pommes, « improviser en rafale ses auto-présentations » avec une assurance qui laisse pantois : « J’ai commencé à écrire récemment, mais j’ai écrit plus que Tarzan pendant toute sa vie ». D’ailleurs, il entame la vingtaine de poèmes qui forment « sa minuscule œuvre complète » par ces instructions irréfutables : « Pour être poète / d’abord il faut être Tarzan / parce que si on est pas Tarzan / on peut pas être poète ». Le poète est donc un héros, une comète suspendue à la liane de ses ambitions folles et pourtant simples comme bonjour car être poète, au fond, c’est l’évidence même : « Pour être nadaïste / je n’ai pas eu besoin d’aller à Harvard / suivre des cours d’été / Il a suffi que la statue de la Liberté / baisse sa torche vers moi / pour allumer ma cigarette ».
On ne s’étonnera pas que tous aient rendu les armes face à ce lyrisme spontané et solide comme le roc (privilège de l’enfance, où l’invention est inflexible). Comme le dit Jotamario Arbeláez dans sa préface : « nous lui apprîmes tous quelque chose jusqu’à en faire une bombe à retardement ». Quand l’enfant devient poète, il finit par l’incarner avec une telle intensité que la poésie ne peut qu’exploser. Ainsi « cet enfant véloce pour qui même l’éternité fut très courte », meurt-il à 10 ans, renversé par une voiture, la fatalité préférant s’assurer qu’il ne devienne jamais adulte.

Guillaume Contré

Traduit de l’espagnol (Colombie) par Boris Monneau, Librairie La Brèche & Pierre Mainard, 80 pages, 14 €


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